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  • Photo du rédacteurAxel Guibourg

Festival électrique de la nuit du 16 au 17 août 2022

Dernière mise à jour : 27 janv.

Après un été souvent caniculaire et trop peu pluvieux, la semaine du 15 août est un tournant dans cette saison estivale. Après des orages parfois violent sur le Sud de la France le 14 août, un nouvel épisode notable est attendu sur les mêmes régions.


Sous-estimant un peu les paramètres annoncés, avant que l'épisode ne commence, je me dis que je verrai si j'ai la motivation de bouger selon ce qu'il se passe sur les cartes en temps réel. Pourtant, à quelques centaines de mètres de chez moi, les journalistes étaient préparés à entamer des reportages sur l'arrivée tant attendue de l'eau dans le Gardon à Alès.


En fin d'après-midi, les premières cellules orageuses se déclenchent sur le Sud-Ouest de la France. Sur la carte, une cellule orageuse située entre la Montagne-Noire et le Minervois me tape à l'œil. Elle a l'air d'être très active, avec une activité électrique très intense, avec des échos radar qui font penser que de la grêle en grande quantité est en train de tomber. Finalement, je me dis que ça vaudrait peut-être le coup de tenter cet épisode, d'autant que dans ma région, il fait encore très chaud avec un soleil radieux. Ma croyance sur les entrées maritimes avant chaque épisode orageux sur le Languedoc est révolue.


En sortant de chez moi, à Alès, je peux apercevoir une large enclume nuageuse en train de s'étendre et de recouvrir l'ensemble de la région Languedoc. Avec la tombée de la nuit, je peux apercevoir les premiers flashs qui zèbrent le ciel. Mais du coin de mon rétroviseur, étonnamment, j'ai l'impression de voir des impacts de foudre tomber. Je fais un premier arrêt, non loin de Quissac.

En effet, quelques impacts extranuageux sortis de nulle part tombent aux portes d'Alès, dans les Cévennes gardoises. Cependant, ils sont trop loin, et l'activité tend à s'interrompre. Cet arrêt est donc peu fructueux et je décide donc de m'approcher encore plus du gros système. Je m'avance donc en direction du Montpelliérais, où je fais un arrêt vers Saint-Drézéry, où un joli point de vue vers le Nord-Ouest offre un paysage plongeant avec le Pic Saint-Loup en arrière-plan. Il fait nuit noir en arrivant et l'activité électrique est très intense avec des flashs incessants. L'appareil est prêt pour faire une série de déclenchement en poses longues. Puis un extraordinaire impact de foudre ramifié tombe pile en face, alors que le noyau pluvieux se trouve encore à une bonne quinzaine de kilomètres. Lorsque l'écran se rallume, bingo ! La foudre est plein cadre, la chasse est remplie et j'aurais pu me coucher avec cette image qui m'a conquise.



La foudre sera tombée à 2 - 3 kilomètres de ma position, à l'Ouest de Guzargues. D'autres impacts de foudre tombent par la suite, mais sont moins éblouissants que le premier.




Quelques minutes plus tard, un petit arcus s'approche, signe que l'air froid rempli d'humidité est à ma porte. Les impacts sont de plus en plus troublants et éblouissants, tombant dans la masse pluvieuse.



En consultant les images radar, j'observe que la pluie est très proche et arrive rapidement sur le point de vue. Je constate que sur le littoral, à proximité de Pérols, l'orage prend une allure rétrograde à l'Ouest, et ce secteur semble rester au sec pendant un certain temps. Je me dis qu'en arrivant là-bas, avec un peu de chance, ça restera toujours à l'abri. Je tente donc de me replacer au bord de l'étang du Mejean.


Certes un peu lointaines, de belles grappes de foudre tombent entre le littoral héraultais et le Mont-Bauzille...



... voire même dessus !



L'activité électrique tend, au fil des minutes, à se décaler vers les maisons à droite, avec l'approche du système orageux.



Je décide donc de partir de l'autre côté de l'étang pour avoir une vue plus dégagée. Arrivé vers Palavas-les-Flots, la vue n'est pas extraordinaire en raison de hauts roseaux qui gâchent un peu la vue. De plus une accalmie se produit au niveau de l'activité électrique et quelques gouttes tombent. Seul un impact de foudre proche est capturé, mais le rendu est totalement surexposé.


La pluie tombe de plus en plus fort et il est temps de plier bagage. Mais le système avance lentement. Je décide de me décaler rapidement vers l'Est et de me poster au Grau du Roi. De plus, le radar présente une cellule orageuse initialement isolée et qui vient fusionner dans le système qui semble s'être asséché et affiné.


L'activité électrique devient de plus en plus forte, se trouvant essentiellement sous l'enclume de l'orage. A ma gauche, je peux apercevoir un nuage-mur très bas, signe que cette cellule est en train de dégénérer en adoptant un comportement supercellulaire. Mais je préfère le concentrer sur les grappes d'impacts de foudre assez proches qui tombent en direction de l'embouchure du Vidourle et de la mer.



Les coups de tonnerre deviennent rapidement assourdissant, avec par moment l'impression de vivre un bombardement en période de guerre.



La pluie est de plus en plus proche, quelques grosses gouttes tombent par moments, sous des zones instables très isolées. Mais pour l'instant, les conditions sont plus qu'excellentes pour immortaliser la foudre dans la baie.



Les impacts de foudre deviennent de plus en plus proches et impressionnants et l'adrénaline est à son comble, d'autant que seul sur la plage, je ne suis pas très proche de mon véhicule.



Ca y est, la pluie se renforce, ainsi que le vent, je rentre rapidement dans ma voiture. Les éléments se déchaînent entre des coups de foudre très proches, mais aussi de la grêle et de violentes rafales de vents. Un record a d'ailleurs été battu, d'après les relevés de la station de la ville balnéaire. Quel soulagement d'être à l'abri dans la voiture ! Mais je me pose une question. Serait-il mieux d'attendre que le système orageux passe pour que je photographie l'arrière, où de se replacer à l'avant afin de capturer de nouveaux impacts de foudre bien ramifiés au sec ? Le système orageux s'approche de la Camargue en se renforçant. L'activité électrique devient démentielle. Finalement, mon choix est fait, je vais tenter de me replacer à l'avant, malgré la pluie battante et la menace des fortes bourrasques de vent. Je vais essayer de me positionner en Camargue. Je souhaite initialement me positionner entre Saint-Gilles et Les Saintes-Maries-de-la-Mer.


Sur la route, le trajet est périlleux avec de la forte pluie, des impacts de foudre proches et du vent fort. Puis juste avant d'arriver sur mon point de vue de la Camargue, la pluie devient plus faible et ne se limite plus qu'à quelques grosses gouttes. Je m'arrête un court instant et fais un court point pour savoir si la pluie allait se renforcer. Une cellule orageuse vient de se former exactement à l'endroit où je suis. Il est trop tard pour s'arrêter et faire des prises de vue au sec.


Je me dis que tout compte fait, il faut aller plus loin vers l'Est afin de profiter au mieux et durablement de l'approche de l'orage. Je prends la direction de l'autoroute pour aller aux portes de la Provence. Cela prend une heure de route de rejoindre un point de vue se trouvant sur le belvédère de Cornillon-Confoux. Une heure à louper une activité électrique exceptionnelle, c'est un coup de poker. Va-t-il être réussi ?


Sur l'autoroute, la pluie devient de plus en plus faible et les routes deviennent totalement sèches. Dans mon rétroviseur, j'observe les incessants impacts de foudre qui sont de plus en plus loin. Puis le ciel devient étoilé. C'est un très bon signe pour l'observation de l'approche lointaine du système orageux.


Il est deux heures quand j'arrive sur le point de vue. Il fait chaud et sec et les grillons s'en donnent à cœur joie. Au loin, le cumulonimbus s'illumine incessamment. L'orage reste très intense et entre sur la Crau.



Les impacts de foudre restent très nombreux et je shoote mes premières captures. L'enclume est étendue mais bien définie et le ciel est clair à son Sud (à gauche de l'orage).


Les éclairs internuageux sont également très impressionnants, en parcourant l'ensemble du système, y compris l'enclume. Les bases nuageuses sont également visibles et on semble croire à la formation d'un mésocyclone. Une supercellule est-elle en train de se former en face de moi ?



En s'approchant, mes suspicions se confirment. Une base nuageuse très étendue et très basse est de plus en plus visible. L'orage adopte bien un comportement supercellulaire.



L'echo radar de 02h40 confirme ma pensée avec un écho en crochet, synonyme de la présence de rotation dans la base nuageuse. Malgré les couleurs parfois oranges/rouges à ma position, je suis toujours au sec. C'est signe que l'enclume est bien étendu, avec de nombreuses précipitations n'atteignant pas le sol (virga).


Au fil des minutes, les impacts de foudre se rapprochent, éclairant l'étang de Berre. Le spectacle devient de plus en plus impressionnant, d'autant que l'activité électrique se trouve essentiellement sous l'enclume, en périphérie du mésocyclone.



A chaque prise de vue, avec un temps de pose de 15 secondes, de nouvelles foudres tombent en face de l'appareil.



Par moments, de sympathiques spécimens sous forme de grappes de 4 / 5, voire 6 impacts de foudre se produisent. C'est plus impressionnant qu'un feu d'artifice !



Certains impacts de foudre tombent plus à l'Ouest du système, permettant de dégager la vue du mésocyclone, qui s'approche doucement.



L'orage supercellulaire continue de se rapprocher. Je constate que le nuage-mur est très imposant avec une base frôlant par moments le sol.



Certains impacts de foudre s'accompagnent de jolis spiders (éclairs internuageux) encore plus en bordure de l'orage.



Le mésocyclone commence à se distinguer entièrement, avec une base très basse notamment à droite.



L'orage a aspiré l'entièreté de la crasse nuageuse qui se trouvait à l'avant. Le système, quant à lui, est en train de s'assécher, et on peut apercevoir maintenant un empilement de nuages stratifiés au niveau du mésocyclone. L'orage s'excite et commence à foudroyer sous le noyau rotatif.


Des précipitations commencent à tomber sur la droite. Ces pluies sont occasionnées par des courants froids et descendants à l'avant de l'orage supercellulaire (FFD). Les impacts de foudre qui tombent au Nord et à l'Ouest du mésocyclone tendent à être plus noyés dans la pluie, et présentent moins de ramifications.



La bonne nouvelle, c'est qu'en face, l'atmosphère reste sec, et les impacts de foudre s'en donnent à cœur joie.



La structure mésocyclonique est stupéfiante. Le nuage-mur associé est très tourmenté, si bien qu'un cône est visible sur la droite, indiquant la présence possible d'une tornade sur la Crau ou le delta du Rhône. Cependant, aucun dégât n'est répertorié, donc impossible de savoir si ce phénomène a touché le sol ou non (probablement pas).



Les grappes d'impacts de foudre se rapprochent de plus en plus de l'Etang de Berre.



On commence à distinguer les premiers points d'impacts, signe que l'orage commence à se rapprocher dangereusement. Par chance, le point de vue se trouve à deux pas de ma voiture si le danger semble menacer.



Un nouvel impact de foudre tombe sous le nuage-mur, signe que l'orage conserve toute son énergie et sa forte intensité.



Les premières foudres tombent maintenant sur l'Etang de Berre. L'enchaînement des compositions prend maintenant une tournure totalement démesurée.



Il commence à tomber quelques gouttes, dues aux courants descendants à l'avant de l'orage. Mais pour l'instant, elles ne dérangent pas du tout, d'autant que le vent vient de mon dos, ce qui empêche mon objectif d'être mouillé.



Cette composition-ci est l'une de mes préférées, avec des impacts de foudre très nets, ramifiés, dont les points d'impact sont pour certains visibles. Et ce rideau de foudre laisse en arrière-plan la menace du mésocyclone avec son empilement strié de nuages.



Nouveau beau tableau avec ce triple impact de foudre qui tombe face au mésocyclone.



La pluie commence à devenir régulière. Je termine cette incroyable séance de photos par cet imposant double impact de foudre.



L'orage se trouve maintenant sur ma position. C'est un véritable bombardement qui se produit avec par ailleurs un impact de foudre qui tombe à quelques dizaines de mètres, coupant les éclairages dans la rue où je me trouvais. Le système orageux devient stationnaire, tout en s'affaissant au niveau de mon point de vue. Pendant une accalmie, de nouveaux éclairs illuminent le ciel au loin. Il s'agit d'un nouvel orage, qui se dirige en direction des Calanques de Marseille. Néanmoins, il est tard et je dois travailler le lendemain. Je décide de prendre la route du retour, avec des images plein la tête.

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